Drei Nachtlager voller Anmut, jeder mit einer Terrasse, Blick auf dem Dorngestrüpp, Meer und Insel Elba, liegend in Poghju, Dorf der Kommune Luri (Kap Korsika)


Capraia et Elbe : plus qu’un paysage familier...

Lorsque l’on se trouve sur le versant oriental du Cap Corse et que l’on pointe son regard vers l’Est, il est très rare de ne pas les voir, ces deux îles de l’archipel toscan. Capraia, la plus au Nord, est la plus proche des côtes capcorsines (31 km) alors que Elba en est à une cinquantaine.

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Elba et Capraia vues depuis Cagnanu

Elles sont là, entre nous et le littoral de la Toscane, véritables voisines, points d’accroche en pleine mer repoussant l’horizon.
En toute subjectivité, cette visibilité d’autres insularités nous renvoie à la nôtre mais aussi brise l’isolement que peut provoquer la vision du grand large, sans perspective de terres à l’horizon. Il est aussi fréquent de distinguer d’autres de leurs consoeurs de l’archipel toscan [1] comme La Gorgone ou Monte-Cristo. Ajoutons que depuis les hauteurs des versants Est du Massif de la Serra, s’offre souvent à nos yeux, toujours émerveillés, l’ensemble de l’archipel avec pour arrière-plan le littoral toscan, ses plages et ses carrières de marbre (Massa Carrara), ses villes et villages, et à l’horizon ses collines et son massif apennin parfois enneigé...

Ce voisinage remonte à quelques temps...
C’est autour de 20 millions d’années avant notre ère, que la Corse devint une île, au même titre que la Sardaigne, en se détachant de l’actuelle Provence ; le bloc corso-sarde constituant alors un micro-continent à la dérive se fixa, autour de 15 millions avant J.C., dans la position que l’on connaît actuellement.
Les îles de Capraia, d’Elbe, tout comme celles de Montecristo et de Pianosa, sont sur une ride, la ride de Pianosa, une ride étant la frontière de divergence entre deux plaques tectoniques... Le littoral toscan ou plus précisément la "marge toscane" quant à elle appartient à la micro-plaque adriatique.
Comme l’affirme, Isabelle MOR [2], le bassin tyrrhénien est soumis encore actuellement à l’affrontement de "la plaque européenne d’une part, et la micro-plaque adriatique d’autre part, l’ensemble étant soumis au jeu de la convergence de la plaque africaine vers la plaque eurasienne".

Mais cette insularité du bloc corso-sarde fut interrompue 6 millions d’années avant notre ère et, ce, environ pendant un million d’années, du fait de l’assèchement de la Méditerranée après qu’un déplacement vers le Nord de la plaque « Afrique » eut pour effet de rompre la communication avec l’océan Atlantique, et ainsi faire de la Méditerranée une mer fermée.
Lors des périodes de glaciations du Quaternaire, le niveau de la mer Méditerranée baissa fortement ce qui permit une communication plus facile entre le Cap Corse et l’archipel toscan, alors qu’on pouvait passer à pied de la Corse à la Sardaigne... Finies les glaciations, le niveau de la mer remonta peu à peu.

Cette mosaïque de mouvements de plaques dans un si petit périmètre d’action nous explique pourquoi alors que si proches, Le Cap Corse (schisteux), Capraia (volcanique) et Elba (principalement granitique), ont une composition géologique différente. L’assèchement total ou partiel du Canal de Corse rend compréhensible la présence de plantes et espèces animales endémiques communes au trois territoires et laisse à penser que la période glacière a pu favoriser le déplacement humain vers la Corse. Les premières traces actuellement connues de peuplement en Corse indique

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Elba depuis les fenêtres des Maisons de Poghju (Luri)

Dès les premières heures de l’antiquité, l’histoire de ces terres et de leurs habitants fut souvent liée voire commune. Elles connurent bien souvent les mêmes envahisseurs et dominations. Elles furent peu belliqueuses entre elles, on notera quand même que Capraia connut la domination capcorsine puis corse. Elle fut ainsi un temps sous la tutelle d’un seigneur du Cap Corse (Henri da Mare, fils d’Ansaldo coseigneur de Rogliano, amiral de Gênes, fin 13ème siècle) pour être annexée directement par Gênes au début du 16ème siècle. A la fin du 18ème siècle c’est Pasquale Paoli et ses troupes qui l’envahirent mais le Traité de Versailles signifia la fin définitive des liens administratif et politique entre le Cap Corse et Capraia puisque cette dernière rejoignit le giron du royaume de Sardaigne puis d’Italie et la Corse celui du royaume de France... Elbe et Capraia furent quelques temps indirectement rivales quand la première était encore aux mains des Pisans alors que Capraia était sous influence puis domination génoise... Elbe fut même un temps officiellement française, de 1802 à 1814. Par le traité de Fontainebleau du 11 avril 1814, en échange de son abdication, Napoléon obtint la propriété de l’île érigée en Principauté mais dès 1815, après la seconde abdication de Napoléon, Elbe est intégrée, par le Congrès de Vienne, au Grand-duché de Toscane. Elle devint italienne en 1860.

Ainsi depuis l’antiquité et jusqu’au 19ème siècle, des échanges humains s’appuyant sur le commerce maritime notamment nourri des productions viticoles, agricoles et sylvicole du Cap Corse, n’ont jamais cessé de tisser et d’entretenir des liens entre ces trois territoires. Voisinages linguistique, culinaire, vestimentaire rythmés par le mode de vie insulaire... Le 20ème siècle est une période de vaches maigres dans les relations entre le Cap Corse et ses deux voisines mais, depuis quelques années, on voit fleurir des projets communs et cette tendance devrait se confirmer.

La première intention de cet article était de vous présenter brièvement Capraia et Elba et de vous en proposer quelques clichés. Mais voilà quand on commence à parler de ses voisines on est souvent très prolixe et d’ailleurs il y aurait encore tant de choses à dire... Mais ça suffit pour ici, place aux photos !


Portfolio

  • Elba et Capraia depuis Cagnanu
  • Elba depuis les fenêtres des Maisons de Poghju (Luri)
  • Capraia vue depuis Cagnanu
  • Capraia depuis le port de Santa Severa

[1Le Parc National de l’Archipel Toscan est le plus grand parc marin d’Europe avec 56.766 hectares de mer et 17.887 de terre.
http://www.parks.it/parco.nazionale...

[2Isabelle MOR est Maître de Conférences, UMR ESPACE 6012, Université de Nice Sophia Antipolis, Université Internationale de la Mer et a publié ANALYSE STRUCTURALE DE LA MER TYRRHENIENNE AU NIVEAU DE L’ARCHIPEL TOSCAN dont est issu cet extrait